Viñales et l'Ouest

Mogotes calcaires de 300 mètres, terroir à cigare de la Vuelta Abajo et plongées de María la Gorda : l'arrière-pays rural de La Havane, à parcourir au pas du cheval.

L'Ouest de Cuba commence à 180 kilomètres de La Havane, sur l'autoroute A4 qui file vers Pinar del Río. En trois heures de route, le paysage change de nature : la plaine cède la place à un relief de mogotes, ces buttes calcaires aux flancs verticaux hauts de 200 à 300 mètres, vestiges d'un plateau effondré durant le Jurassique. La vallée de Viñales, classée au patrimoine mondial de l'Unesco depuis 1999, concentre ce relief sur une quinzaine de kilomètres entre les villages de Viñales, El Moncada et Puerto Esperanza.

La région vit du tabac. La Vuelta Abajo, micro-terroir situé autour de San Juan y Martínez et San Luis, est reconnue par les manufactures de La Havane comme la zone produisant les feuilles de capa et de tripa les plus régulières du pays. Les plantations s'étendent sur des sols rouges ferralitiques, soigneusement labourés à la charrue tirée par des bœufs car le sol ne supporte pas le tassement des tracteurs. Dans les fincas familiales que nous visitons autour de Viñales et de Pinar del Río, les guajiros (paysans cubains) expliquent la cueillette feuille par feuille, étalée sur 40 jours, puis le séchage suspendu pendant deux mois dans les casas de tabaco, ces grands hangars couverts de palmes que l'on voit ponctuer le paysage.

Au-delà du tabac, l'Ouest a gardé une ruralité que les autres régions de Cuba ont perdue. On croise encore beaucoup de carrioles à chevaux, des troupeaux conduits à pied, des bohíos (cases traditionnelles) au toit de palme royale. La gastronomie locale s'appuie sur le porc rôti, les viandas (tubercules), le riz aux haricots rouges (congrí) et le café cultivé dans la Sierra del Rosario. À Las Terrazas, communauté agro-écologique créée en 1968 dans cette même sierra, on visite des plantations de café et l'ancien domaine français de Buenavista, fondé par des planteurs réfugiés de Saint-Domingue au début du XIXe siècle.

Plus à l'ouest, la province se resserre en une langue de terre qui se termine par la péninsule de Guanahacabibes, l'un des derniers territoires habités par les Indiens guanahatabeyes avant l'arrivée des Espagnols. Le parc national, réserve de biosphère, couvre 39 900 hectares de forêt sèche karstique, de mangroves et de plages de ponte pour les tortues vertes et caouannes entre juin et septembre. À son extrémité, María la Gorda est un site de plongée connu pour ses tombants peuplés de gorgones géantes, de mérous tigres et de bancs de carangues. La visibilité y dépasse régulièrement 30 mètres et l'absence de courant rend les plongées accessibles dès le niveau 1.

Pinar del Río, capitale provinciale de 140 000 habitants, sert de relais logistique mais retient peu : ses manufactures de cigares Francisco Donatien et le musée provincial valent une demi-journée, pas davantage. L'intérêt de la région se vit hors des villes, sur les chemins de terre entre les fincas, dans la grotte de Santo Tomás (deuxième plus grand réseau souterrain de Cuba avec 46 kilomètres de galeries explorées), ou sur les sentiers du parc national de Viñales que nos guides locaux empruntent à pied ou à cheval.

L'Ouest se prête à un rythme lent. Les distances sont modestes, les routes secondaires en mauvais état mais peu fréquentées, et l'offre d'hébergement repose presque entièrement sur les casas particulares, ces chambres chez l'habitant que nous sélectionnons sur des critères de confort et de cuisine familiale. C'est la région cubaine où l'on dort le plus souvent dans des maisons privées, et où l'on prend le temps de discuter avec les hôtes au-dessus d'un café posé sur le porche.

À découvrir

Vallée de Viñales à cheval. Trois à quatre heures de monte à travers les plantations de tabac, avec arrêt dans une finca pour la démonstration de roulage de cigare et dégustation au miel et au rhum. Le matin tôt, la brume s'accroche encore aux mogotes.

Plongée à María la Gorda. Tombants de corail à partir de 8 mètres de profondeur, à 200 mètres du rivage. Une cinquantaine de sites balisés, dont El Salón de María, peuplé de gorgones noires de plus de 2 mètres. Conditions optimales de décembre à mai.

Finca tabacole de la Vuelta Abajo. Visite d'une exploitation familiale autour de San Luis ou San Juan y Martínez, où se cultive la feuille de capa destinée aux Cohiba et Montecristo. Discussion sur les quotas d'État, le tri et les six fermentations.

Grotte de Santo Tomás. Parcours guidé de 1h30 dans les galeries supérieures du plus grand réseau karstique de Cuba, avec stalagmites, peintures précolombiennes et chauves-souris. Casque et lampe frontale fournis, dénivelé modeste.

Sierra del Rosario et Las Terrazas. Réserve de biosphère à mi-chemin entre La Havane et Viñales, propice à une nuit en lodge au bord du lac San Juan. Cascades de Soroa, plantations de café et orchidarium de 700 espèces.

Quand y aller

La saison sèche court de novembre à avril : températures de 22 à 28°C en journée, descendant à 16-18°C la nuit en janvier et février dans la vallée de Viñales en raison de l'altitude modérée (autour de 150 mètres). C'est la période que nous recommandons sans réserve, particulièrement pour la plongée à María la Gorda où la visibilité atteint son maximum. La récolte du tabac s'étale de janvier à mars, ce qui ajoute un intérêt aux visites de fincas pendant ces mois.

De mai à octobre, la saison humide apporte des averses orageuses quotidiennes en fin de journée, brèves mais intenses (50 à 80 mm en une heure n'est pas rare en septembre). Les températures grimpent à 32-34°C avec une humidité forte. La saison des cyclones court d'août à novembre, avec un pic en septembre et octobre : l'Ouest cubain, premier exposé aux systèmes venant des Caraïbes, peut connaître des fermetures temporaires de la péninsule de Guanahacabibes. Nous évitons de programmer cette région entre la mi-août et la mi-octobre.

Conseils pratiques

Comptez au minimum 3 jours pleins dans la région : une journée sur la Sierra del Rosario en venant de La Havane, deux journées sur Viñales et ses alentours. Pour inclure la péninsule de Guanahacabibes et la plongée à María la Gorda, ajoutez 2 à 3 jours supplémentaires, car la route depuis Viñales demande 4 heures sur des axes dégradés. L'accès se fait exclusivement par la route depuis La Havane, sans aéroport régional opérationnel pour les voyageurs.

L'Ouest se combine naturellement en début ou fin de circuit avec La Havane, dont il est l'arrière-pays immédiat. L'enchaînement avec Trinidad et le Centre fonctionne bien à condition de repasser par La Havane ou de prévoir une longue journée de route (8 heures via l'autopista). Le confort repose principalement sur les casas particulares que nous sélectionnons, avec quelques options en petit hôtel de charme à Viñales et au lodge Moka de Las Terrazas. La région convient particulièrement aux voyageurs contemplatifs, aux amateurs de cigares, aux plongeurs et aux familles avec enfants à partir de 7-8 ans qui apprécient les balades à cheval. Les randonneurs trouveront leur compte dans le parc national de Viñales et la Sierra del Rosario, sans toutefois retrouver les dénivelés de la Sierra Maestra à l'Est.

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