Santiago et l'Est
L'Oriente cubain, de Santiago la métisse aux plantations de cacao de Baracoa en passant par la Sierra Maestra, garde un rythme et une cuisine distincts du reste de l'île.
L'Oriente, comme l'appellent les Cubains, commence à plus de 800 km de La Havane et garde une identité distincte du reste de l'île. Notre équipe basée dans la capitale considère cette partie du pays comme la plus métissée : héritages africains, français venus de Saint-Domingue à la fin du XVIIIe siècle, présence haïtienne et migrations jamaïcaines ont façonné une culture spécifique, audible dès qu'on entre dans Santiago de Cuba.
Santiago, deuxième ville du pays avec environ 500 000 habitants, s'étire dans une baie fermée dominée par le château del Morro, fortification du XVIIe siècle classée à l'UNESCO. La ville se vit dans la rue : la calle Heredia abrite la Casa de la Trova où se jouent boléros et son depuis les années 1960, le parque Céspedes concentre la cathédrale et l'ancienne maison de Diego Velázquez, et le quartier du Tivolí, fondé par les colons français, descend en pente raide vers le port. La Casa de las Tradiciones, dans ce même quartier, reste le meilleur endroit pour entendre la trova santiaguera sans mise en scène pour touristes. Le carnaval de fin juillet, le plus ancien des Caraïbes, et la fiesta del Fuego début juillet rythment l'été.
Au nord-ouest de la ville, la Sierra Maestra forme la principale chaîne de Cuba. Le Pico Turquino culmine à 1974 m et se gravit en deux à trois jours depuis Santo Domingo ou Las Cuevas, avec guide obligatoire. C'est dans ces montagnes que Fidel Castro a établi sa Comandancia de la Plata en 1956 et 1957, accessible aujourd'hui par une marche de deux heures depuis Santo Domingo. Le cimetière Santa Ifigenia, à Santiago, complète cette mémoire : on y trouve les tombes de José Martí, de Fidel Castro, et celles des combattants du Moncada, la caserne attaquée le 26 juillet 1953 et toujours visible en ville sous la forme d'un musée.
Vers l'est, la route bascule dans une autre géographie. Guantánamo, à 85 km de Santiago, donne son nom à la base navale américaine installée depuis 1903, qu'on ne visite évidemment pas mais qu'on peut apercevoir depuis le mirador de Malones. La région cultive le changüí, ancêtre rural du son, qu'on entend dans les casas de la trova de Guantánamo et Baracoa. Le paysage devient plus sec autour de Caimanera, puis franchement aride sur la côte sud avant La Farola, route construite en 1965 qui escalade la cordillère sur 50 km et désenclave enfin Baracoa.
Baracoa, première ville fondée par les Espagnols en 1511, vit dans un microclimat humide à l'extrémité orientale de l'île. La pluie y tombe environ 200 jours par an, ce qui explique la végétation dense du parc national Alejandro de Humboldt et les plantations de cacao introduites par les Français au XIXe siècle. La table montagne d'El Yunque, 575 m, ferme le paysage à l'ouest de la ville. La cuisine locale se distingue nettement du reste de Cuba : cucurucho (cône de feuille de palmier garni de noix de coco, fruits et miel), bacán (banane plantain râpée cuite dans la feuille), poissons au lait de coco, sauces au cacao. La rivière Toa, la plus abondante du pays, et la rivière Yumurí avec ses falaises calcaires structurent les excursions depuis Baracoa.
Cette partie de Cuba reste nettement moins fréquentée que l'axe Havane-Viñales-Trinidad. Les routes sont parfois lentes, les hébergements plus simples, mais les casas particulares de Santiago et de Baracoa offrent un accueil que nous trouvons souvent plus chaleureux qu'ailleurs sur l'île.
À découvrir
Soirée à la Casa de las Tradiciones. Dans le quartier du Tivolí à Santiago, un salon de quartier où la trova et le son se jouent à deux mètres du public, sans amplification ni programmation pour touristes.
Ascension du Pico Turquino. Deux à trois jours de marche depuis Santo Domingo pour atteindre les 1974 m du point culminant de Cuba, en traversant les anciens campements de la guérilla de 1956-1958.
La route de La Farola jusqu'à Baracoa. 50 km de route en lacets construits en 1965 pour relier la côte sud à Baracoa, avec une bascule nette entre versant sec et versant humide en moins d'une heure.
Cacao et cuisine de Baracoa. Visite d'une finca de cacao dans la vallée de Duaba, dégustation de cucurucho au bord de la route et dîners au lait de coco que l'on ne trouve nulle part ailleurs à Cuba.
Le cimetière Santa Ifigenia. À Santiago, la relève de la garde toutes les 30 minutes devant les mausolées de José Martí et de Fidel Castro, dans un ensemble qui réunit aussi les combattants du Moncada.
Quand y aller
La meilleure période pour l'Oriente s'étend de décembre à avril, avec des températures de 22 à 28 °C à Santiago et un air plus sec. Mai à octobre concentre la saison des pluies et la chaleur, avec des pics à 33-35 °C en juillet-août et un taux d'humidité élevé. La saison cyclonique active va de août à octobre, et Santiago comme Baracoa ont été touchées plusieurs fois ces dernières années (Sandy en 2012, Matthew en 2016, Oscar en 2024). Nous évitons donc cette fenêtre, sauf pour les voyageurs venus spécifiquement pour le carnaval de Santiago (autour du 26 juillet) ou la fiesta del Fuego début juillet.
Baracoa se distingue par son climat propre : la côte nord-est reçoit environ 2300 mm de précipitations par an, soit le double de Santiago, avec des pluies possibles toute l'année. Mieux vaut prévoir des journées flexibles sur place. La Sierra Maestra, en altitude, se rafraîchit nettement la nuit : prévoir un polaire pour le Turquino, où les nuits au refuge tombent à 10-12 °C même en saison sèche.
Conseils pratiques
Comptez au minimum 6 à 7 jours pour cette partie de Cuba, idéalement 8 à 10 si vous incluez le Pico Turquino ou plusieurs jours à Baracoa. L'aéroport international Antonio Maceo de Santiago reçoit des vols depuis Paris, Montréal et plusieurs villes européennes en saison, ce qui permet d'éviter le long trajet routier depuis La Havane (environ 900 km, 13 heures de bus Viazul ou 1h30 de vol intérieur). De Santiago à Baracoa, comptez 5 à 6 heures de route via Guantánamo et La Farola.
L'Oriente se combine bien avec Trinidad et le Centre pour un itinéraire ouest-est cohérent : vol d'arrivée à La Havane, descente progressive par Cienfuegos, Trinidad et Camagüey, puis Santiago et Baracoa avant un vol retour depuis Santiago ou Holguín. Pour les voyageurs qui ont peu de temps, nous déconseillons d'inclure l'Oriente dans un séjour de moins de deux semaines : les distances ne le justifient pas. La région convient particulièrement aux voyageurs intéressés par l'histoire (révolution, métissages caribéens), aux amateurs de musique vivante et aux marcheurs. Le confort reste celui des casas particulares et de quelques hôtels d'État, sans les standards des resorts de Varadero ou des cayos.





