
Baracoa
Baracoa
Première ville de Cuba, isolée pendant quatre siècles : Baracoa cultive une identité unique entre forêt tropicale, mémoire taïno et cuisine au cacao.
À l'extrémité orientale de Cuba, Baracoa reste une ville à part. La plus ancienne cité de l'île, fondée en 1511, fut isolée du reste du pays jusque dans les années 1960. De cet enclavement naissent une culture singulière, une cuisine au cacao et au coco, et des paysages où la forêt tropicale rejoint la mer des Caraïbes. Voici ce qu'il faut savoir avant un voyage à Baracoa.
Baracoa en bref
Province : Guantánamo, extrême est de Cuba
Superficie : 977 km² · Population : environ 80 000 habitants
Fondée le : 15 août 1511 par Diego Velázquez de Cuéllar
Signification : « existence de la mer » en langue taïno
Climat : tropical humide, environ 25 °C en moyenne
Meilleure période : janvier à avril
Durée conseillée : 3 à 4 jours
Incontournable : la Cruz de la Parra, dernier crucifix subsistant des 29 plantés par Christophe Colomb en 1492
Présentation : la plus ancienne ville de Cuba
Baracoa occupe une bande étroite entre la mer et la Sierra del Purial, dans la province de Guantánamo. La ville s'étire le long de la baie de Miel, encadrée par trois rivières et dominée par la silhouette plate d'El Yunque. Dans la langue indigène, Baracoa signifie « existence de la mer ».
Sa géographie explique son caractère. Coupée du reste de Cuba par les montagnes, la ville n'était accessible que par la voie maritime jusqu'à l'ouverture de la Carretera Central vers 1960. Cet isolement a préservé un dialecte, une gastronomie et une atmosphère que l'on ne retrouve nulle part ailleurs sur l'île.
Aujourd'hui, ses rues étroites alignent maisons coloniales fatiguées, ateliers de cacao et bars où l'on joue du son cubain. Trois forteresses rappellent qu'elle fut, après le passage de Colomb, considérée comme une porte d'entrée stratégique vers Cuba.
Une histoire qui commence avec Christophe Colomb
Le 27 octobre 1492, Christophe Colomb débarque dans une baie qu'il baptise « Porto Santo » — l'actuelle baie de Baracoa. La légende veut qu'il y ait planté une croix dans le sable du port. Cette croix, la Cruz de la Parra, est le seul crucifix subsistant parmi les 29 que Colomb aurait plantés sur le sol cubain. Elle est aujourd'hui conservée dans la cathédrale de la ville.
Les Taïnos, peuple indigène de l'île, sont ensuite massacrés par les colons espagnols. Quelques-uns sont épargnés à Baracoa, et l'on trouve encore dans les montagnes alentour des descendants directs des tribus originelles. Un chef taïno nommé Hatuey tente de fuir vers Hispaniola pour lever une armée contre les envahisseurs. Trahi par l'un des siens, il est condamné au bûcher. Il reste l'une des figures les plus respectées de la mémoire indigène cubaine.
La ville est officiellement fondée le 15 août 1511 par le conquistador Diego Velázquez de Cuéllar, sous le nom de Nuestra Señora de la Asunción de Baracoa. Première capitale de Cuba, elle perd ce statut dès 1515 au profit de Santiago, mais conserve le titre de cité originelle.
Que faire à Baracoa : sites et expériences
La cathédrale Nuestra Señora de la Asunción
Sur la place centrale, la cathédrale doit sa renommée moins à son architecture qu'à la relique qu'elle abrite : la Cruz de la Parra. L'édifice a été construit en 1803, remanié plusieurs fois, puis entièrement rénové en 2012. La visite est courte mais incontournable pour comprendre la place de Baracoa dans l'histoire des Amériques.
Les trois forteresses
Après le passage de Colomb, Baracoa fut perçue comme une porte stratégique vers Cuba. Trois forteresses ont été élevées pour protéger la ville et ses approches.
La Forteresse de Matachín, construite en 1802 pour défendre la baie de Miel, abrite aujourd'hui le Musée municipal. Ses neuf salles d'exposition retracent l'histoire des Taïnos, la colonisation, l'agriculture du cacao et la culture locale. C'est le meilleur point d'entrée pour saisir l'identité de la ville.
Le Château de Seboruco de Santa Bárbara a été commencé par les Espagnols en 1739 et achevé seulement en 1900, sous supervision américaine. Perché à 100 mètres au-dessus de la mer, on y accède par l'escalier de la Calle Frank País. Le mirador offre un panorama sur El Yunque et la baie. Le bâtiment fonctionne aujourd'hui comme hôtel, avec une piscine ouverte aux clients extérieurs moyennant une consommation.
La Forteresse de la Punta de Maisí, à environ une heure de route, marque le point le plus oriental de Cuba. Par temps clair, on aperçoit Haïti à l'horizon. Le phare voisin (1862) et la petite plage au pied de l'ouvrage justifient l'excursion à la journée.
El Yunque : trekking au sommet emblématique
El Yunque (« l'enclume ») doit son nom à sa silhouette plate de 575 mètres, visible depuis toute la ville. Le sommet se trouve à 20 minutes en voiture du centre. La randonnée demande 3 à 4 heures aller-retour, avec un guide obligatoire. Le sentier traverse des plantations de cacao et une forêt humide avant d'atteindre un plateau d'où l'on voit la mer et la Sierra del Purial.
Le parc national Alejandro de Humboldt
À 40 kilomètres au nord, le parc national Alejandro de Humboldt renferme la plus grande diversité floristique des Caraïbes. Inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 2001, il porte le nom du scientifique allemand Alexander von Humboldt, qui séjourna à Cuba en 1800 et 1801.
Le site est l'endroit le plus humide de Cuba. On y trouve forêt primaire, mangroves, lagunes, cascades et un réseau dense de rivières. Plusieurs sentiers balisés permettent des randonnées d'une demi-journée à deux jours, accompagnées par les rangers locaux. Le trajet en taxi depuis Baracoa prend environ une heure.
Les plages : Maguana, Manglito, Duaba
La Playa Maguana, à 20 km au nord, est la plus connue : sable blanc, cocotiers, eau turquoise. Quelques bungalows permettent d'y passer la nuit. Accès en bus collectif ou en taxi.
La Playa Manglito, sur la route de Yumurí, occupe un lagon bordé de cocotiers et d'amandiers. Plus discrète, fréquentée surtout par les habitants. La Playa Duaba et la Playa Blanca complètent les options à courte distance.
Boca de Yumurí et son canyon
À une trentaine de kilomètres à l'est, le Río Yumurí a creusé un canyon spectaculaire avant de rejoindre la mer. La petite communauté de pêcheurs de Boca de Yumurí propose des balades en barque dans la gorge, du snorkeling et de courtes randonnées. L'excursion se fait facilement à la demi-journée depuis Baracoa.
Finca Duaba et la Casa del Chocolate
Baracoa est la capitale cubaine du cacao. La Finca Duaba, à 5 km de la ville, propose une visite de plantation avec dégustation de chocolat chaud, de cucurucho et d'un déjeuner créole. En centre-ville, la Casa del Chocolate (aussi appelée Casa del Cacao) fait office de petit musée et de boutique : panneaux explicatifs sur la filière, tablettes à emporter, chocolat chaud à siroter sur place.
Gastronomie locale : le goût de l'isolement
Coupée du reste de Cuba pendant quatre siècles, Baracoa a développé une cuisine unique sur l'île, fondée sur la noix de coco, le cacao et les produits de la mer.
Cucurucho : friandise de noix de coco râpée, miel, fruits tropicaux et parfois cacao, vendue enveloppée dans une feuille de palmier sur la route de Yumurí.
Lechita : sauce au lait de coco qui accompagne poissons et crustacés.
Bacán : galette de banane plantain et noix de coco cuite dans une feuille de bananier.
Chocolat chaud épais : préparé à l'eau plutôt qu'au lait, à boire à la Casa del Chocolate ou à la Finca Duaba.
Tetí : minuscules poissons d'eau douce pêchés à l'embouchure des rivières, servis frits ou en omelette.
Quand partir : climat et saisons
Baracoa connaît un climat tropical humide, avec une moyenne de 25 °C toute l'année et des précipitations marquées. La distinction entre saison sèche et saison des pluies y est moins nette qu'ailleurs à Cuba.
Janvier à avril : période la plus sèche, températures agréables, idéal pour la randonnée et la plage.
Mai à juin : averses de fin d'après-midi, végétation au plus vert.
Juillet à septembre : chaud et humide, saison cyclonique active. À éviter pour un premier voyage.
Octobre à décembre : pluies les plus fortes, risque de routes coupées vers les parcs.
La haute saison touristique correspond à décembre-mars. Réserver les hébergements à l'avance reste prudent autour de Noël et de Pâques.
Comment s'y rendre et se déplacer ?
En avion
L'aéroport Gustavo Rizo de Baracoa n'accueille que des liaisons intérieures depuis La Havane, opérées par Cubana de Aviación (vols irréguliers). Pour un trajet plus fiable, mieux vaut atterrir à Santiago de Cuba ou à Guantánamo, qui reçoivent des vols internationaux et nationaux plus fréquents.
Par la route
Depuis Guantánamo, comptez environ 3 h 30 de route via la Viaducto La Farola, qui franchit la Sierra del Purial sur 30 kilomètres de virages spectaculaires. Depuis Santiago de Cuba, le trajet dure environ 4 heures. Les bus Víazul assurent une liaison quotidienne depuis Santiago. Un taxi collectif reste l'option la plus souple.
Se déplacer à Baracoa
Le centre se parcourt à pied en moins d'une heure. Pour les plages, parcs et villages alentour, on emprunte les bici-taxis, les tricycles à moteur ou un taxi privé négocié à la journée (autour de 40 à 60 € selon l'itinéraire).
Où dormir à Baracoa ?
L'offre d'hébergement à Baracoa repose surtout sur les casas particulares, ces chambres d'hôtes chez l'habitant qui constituent l'expérience locale par excellence à Cuba.
Casas particulares (15-30 €) : chambre privée avec salle de bain dans une maison familiale, petit-déjeuner copieux en supplément (5 €), souvent dîner cuisiné par l'hôtesse. C'est le meilleur moyen de comprendre la vie quotidienne et de récolter des conseils sur les excursions.
Hôtels de catégorie moyenne (60-120 €) : quelques adresses au bord de la baie ou dans les forteresses reconverties, comme l'hôtel installé dans le château de Seboruco. Confort correct, vue, piscine.
Bungalows en bord de mer (variable) : à Playa Maguana notamment, pour une nuit ou deux les pieds dans le sable.
Pour des recommandations adaptées à votre itinéraire, notre expert local de l'agence peut suggérer des casas testées personnellement.
Conseils insider : ce que les guides ne disent pas
Changer ses euros à Santiago ou Guantánamo. Baracoa compte peu de bureaux de change et les files sont longues. Prévoyez des espèces : les cartes bancaires sont rarement acceptées.
Acheter le cucurucho directement aux producteurs sur la route de Yumurí, plutôt qu'en ville. Plus frais, deux fois moins cher.
El Yunque le matin tôt. Les nuages s'accrochent au sommet dès midi et masquent la vue.
La Punta de Maisí en excursion partagée. Une heure de piste cabossée : mieux vaut un 4x4 collectif organisé par votre casa qu'un taxi standard.
Goûter le chocolat chaud à la Casa del Chocolate en fin d'après-midi, quand les habitants y passent après le travail. Ambiance plus authentique qu'au pic touristique de midi.
Prévoir du temps pour les imprévus. Une coupure d'eau, une route fermée par la pluie, un bus qui ne part pas : Baracoa fonctionne à son rythme. Comptez 4 jours plutôt que 2.
Pour qui est Baracoa ?
Voyageurs en quête d'authenticité : la ville la plus préservée de Cuba, loin du tourisme balnéaire de Varadero.
Amateurs de nature et de randonnée : El Yunque, Humboldt, Yumurí offrent une concentration rare de paysages.
Passionnés d'histoire : première ville de Cuba, mémoire taïno, traces de Colomb.
Gourmets curieux : cuisine au cacao et au coco, unique sur l'île.
À éviter si : vous cherchez un séjour purement balnéaire avec resort tout inclus, ou si vous voulez un confort occidental constant.
Questions fréquentes
Questions fréquentes
Trois à quatre jours permettent de couvrir la ville, El Yunque, une plage et une excursion vers Yumurí ou Humboldt. Comptez une journée supplémentaire pour la Punta de Maisí. Avec moins de deux jours, le trajet depuis Santiago n'est pas rentable.
De janvier à avril : températures douces, pluies plus rares, mer calme. Évitez août-octobre, en pleine saison cyclonique, où des routes peuvent rester coupées plusieurs jours.
Le plus rapide reste un vol intérieur vers Santiago de Cuba ou Holguín, suivi d'un transfert routier de 4 à 6 heures. Le bus Víazul depuis La Havane prend environ 18 heures avec changement à Santiago.
Très rarement. Quelques hôtels acceptent la carte, mais casas particulares, restaurants et taxis fonctionnent en espèces. Changez votre argent à Santiago ou Guantánamo avant l'arrivée.
Oui. Cuba reste l'un des pays les plus sûrs des Caraïbes, et Baracoa, petite et accueillante, ne fait pas exception. Les précautions habituelles suffisent : ne pas exhiber d'objets de valeur, attention aux change parallèles non officiels.
Tablettes de chocolat artisanal, cacao en poudre de la Finca Duaba, cucurucho dans son emballage en feuille de palmier, et petits objets en noix de coco sculptée. Le rhum local complète la valise.
À découvrir aussi
Baracoa s'inscrit dans un itinéraire plus large à l'est de l'île. Pour prolonger le voyage, explorez les autres facettes de Cuba : Santiago de Cuba et son patrimoine afro-caribéen, La Havane et son centre historique, ou la vallée de Viñales et ses plantations de tabac.
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