Château de San Severino

Château de San Severino

Château de San Severino

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Culture & patrimoineHistoireMusées7 min de lecture

Forteresse espagnole du XVIIe siècle à l'entrée de la baie de Matanzas, le château de San Severino abrite le Musée national de la Route de l'Esclave (UNESCO).

Le château de San Severino se dresse à l'entrée de la baie de Matanzas, sur la côte nord de Cuba. Édifié par les colons espagnols à la fin du XVIIe siècle pour protéger l'accès maritime à la ville, ce bastion abrite aujourd'hui le Musée national de la Route de l'Esclave, intégré au programme UNESCO. Murs de pierre, douves sèches, bastions angulaires : l'architecture militaire dialogue ici avec une mémoire afro-cubaine que le musée s'attache à transmettre.

Pourquoi visiter le château de San Severino ?

San Severino concentre trois récits en un seul lieu. Celui d'une fortification stratégique du XVIIIe siècle, exemple représentatif de l'architecture militaire espagnole aux Caraïbes. Celui d'une prison politique, qui enferma successivement les indépendantistes des Soles y Rayos de Bolivar, les accusés du procès de l'Échelle puis les opposants des régimes républicains. Celui, enfin, de la traite négrière, dont le fort fut à la fois un point de débarquement et un chantier où travaillèrent les esclaves africains. Pour qui s'intéresse à l'histoire coloniale cubaine et à l'héritage africain de l'île, la visite est un point d'entrée dense et documenté.

Histoire

Origines et fondation

L'idée de fortifier la baie de Matanzas remonte au milieu du XVIIe siècle, lorsque le gouverneur Francisco Gedler de Catalayud y Toledo soumet un projet de défense côtière au roi Philippe IV. La proposition est écartée au profit de La Havane, jugée prioritaire. En 1682, un nouveau plan, conçu par l'ingénieur militaire Juan de Ciscara, est approuvé.

La fondation officielle de Matanzas a lieu le 12 octobre 1693. Le lendemain, 13 octobre 1693, le gouverneur Severino de Manzaneda pose la première pierre du fort, qui prend alors le nom de San Carlos de Manzaneda avant de devenir le Castillo de San Severino.

Construction et architecture militaire

Les travaux, lancés en 1693, sont interrompus en 1697 faute de moyens. L'ingénieur Antonio Arredondo relance le chantier en 1731, et le fort est achevé entre 1745 et 1746. L'édifice illustre l'architecture militaire espagnole du XVIIIe siècle : plan carré, tours aux quatre angles, bastions angulaires, douves sèches, pont-levis et canons orientés vers la mer. Sa silhouette massive lui vaut l'appellation de « château ».

Destruction et reconstruction

En 1762, lors de la prise de La Havane par les Anglais, le commandant Antonio Garcia de Solis fait sauter le fort à la poudre noire pour empêcher sa capture. Gravement endommagé, l'édifice reste à l'abandon une dizaine d'années. La reconstruction, dirigée par Joaquín de Perazas, s'étend de 1772 à 1789 et restitue au château son rôle défensif.

Fonctions successives

Le château connaît ensuite plusieurs affectations :

  • Bâtiments des douanes entre 1774 et 1793 ;

  • Commandement du système défensif de Matanzas entre 1818 et 1850, intégré à un ensemble de fortifications regroupant San José de la Vigia, El Morrillo et Peñas Atlas ;

  • Prison militaire à partir de 1821, accueillant les indépendantistes des Soles y Rayos de Bolivar (1823), les accusés du procès de l'Échelle (1844), puis des patriotes durant la guerre d'indépendance de 1895 et des opposants sous la République (1902-1958).

Empreinte de l'esclavage

Le chantier du fort fut en grande partie porté par des esclaves africains et leurs descendants. Sur les pierres, des marques gravées comptabilisent les tâches quotidiennes qui leur étaient imposées. Au XVIIIe siècle, le site servit également de point de débarquement d'esclaves destinés aux plantations sucrières de la région de Matanzas, l'une des plus marquées par la traite négrière à Cuba.

L'esclavage fut pratiqué à Cuba de 1511 à 1886. Près de 40 % des esclaves africains envoyés dans les colonies espagnoles débarquèrent sur l'île, ce qui fait de Matanzas un lieu central pour la mémoire afro-cubaine.

Reconnaissance patrimoniale

À l'origine, les eaux de la baie atteignaient la porte du château. La construction d'une route en 1910 l'a isolé du rivage. Après une longue période d'abandon, le fort a été partiellement restauré au XXe siècle, puis classé Monument national de la République de Cuba en 1978. Le 16 juin 2009 y a été inauguré le Musée national de la Route de l'Esclave, intégré au programme UNESCO « La Route de l'Esclave » lancé en 1997 à l'initiative d'Haïti.

Que voir sur place ?

Les quatre salles du musée

  1. La Maison du Commandant introduit la visite par une présentation du site fortifié, de sa construction et de son rôle dans la défense de Matanzas.

  2. La salle archéologique rassemble objets et vestiges coloniaux, témoins du quotidien des habitants et des esclaves.

  3. La salle de l'esclavage rassemble photographies, cartes et objets évoquant les conditions de vie, la résistance et la spiritualité des esclaves. Plusieurs pièces évoquent le calimbo, marquage au fer rouge symbole de la déshumanisation.

  4. La salle des Orishas, la plus singulière, est consacrée aux divinités de la religion afro-cubaine. Elle réunit des sculptures grandeur nature représentant les univers de chaque Orisha, ainsi que des tambours rituels utilisés lors des cérémonies.

Les extérieurs du fort

  • Les bastions et douves, encore lisibles, ouvrent sur la baie de Matanzas.

  • Les cellules et cachots rappellent la fonction carcérale du site.

  • La chapelle et la cour intérieure accueillent régulièrement des événements culturels et commémoratifs.

Expositions et programmation culturelle

Le musée présente l'exposition Afro-América : la troisième racine, ensemble de 14 sculptures de l'artiste cubain Lorenzo Padilla consacrées à l'influence africaine dans les cultures ibéro-américaines. La proximité de l'Université Camilo Cienfuegos, qui accueille des étudiants venus d'une vingtaine de pays africains, alimente une programmation d'échanges, de conférences et de célébrations comme la Journée de l'Afrique. Le site accueille également des manifestations liées à la Santeria, au Palomonte et aux sociétés abakuá, ainsi que des concerts de musique traditionnelle.

Informations pratiques

Le musée est ouvert du mardi au dimanche, en journée. Les horaires varient selon la saison, il est conseillé de vérifier auprès de l'office de tourisme local avant le déplacement. L'entrée est à tarif modéré, avec un léger supplément si vous souhaitez photographier les collections. Les explications sont principalement en espagnol, parfois en anglais : la présence d'un guide francophone est un vrai plus pour saisir la portée historique et symbolique du site. Comptez environ 1 h 30 à 2 h pour parcourir les salles et les extérieurs.

Comment s'y rendre ?

Le château se situe sur la rive nord de la baie de Matanzas, à environ 2 km du centre-ville. Depuis le centre, on peut rejoindre le site en taxi (course courte, négociée à l'avance), en bicitaxi pour les courageux, ou en voiture de location si vous explorez la région. Depuis La Havane, Matanzas est accessible en environ 1 h 30 à 2 h de route via la Vía Blanca. Beaucoup de voyageurs combinent la visite avec un séjour à Varadero, situé à une trentaine de kilomètres à l'est. Pour préparer votre itinéraire, consultez notre guide de Matanzas.

À proximité

La région de Matanzas et l'ouest cubain offrent plusieurs prolongements naturels à la visite :

Questions fréquentes

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Questions fréquentes

Le château se situe à Matanzas, sur la côte nord de Cuba, à l'entrée de la baie, à environ 2 km du centre-ville.

Le fort abrite depuis 2009 le Musée national de la Route de l'Esclave, organisé en quatre salles : Maison du Commandant, salle archéologique, salle de l'esclavage et salle des Orishas. La visite inclut aussi les bastions, les cellules et la cour intérieure.

Comptez en moyenne 1 h 30 à 2 h pour parcourir l'ensemble des salles et explorer les extérieurs du fort.

Le fort fut construit en grande partie par des esclaves africains, dont les marques gravées dans la pierre témoignent encore. Au XVIIIe siècle, il servit aussi de point de débarquement d'esclaves destinés aux plantations sucrières de Matanzas. Le musée actuel s'inscrit dans le programme UNESCO « La Route de l'Esclave ».

Les cartels sont rédigés principalement en espagnol, parfois en anglais. La présence d'un guide francophone privé est recommandée pour profiter pleinement du contenu historique et symbolique.

Préparer votre voyage

Le château de San Severino s'intègre naturellement à un circuit combinant La Havane, Matanzas et Varadero, avec une ouverture possible vers la baie des Cochons. Pour construire un itinéraire qui mêle histoire coloniale, mémoire afro-cubaine et nature, consultez nos suggestions de voyage à Cuba.

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