La Havane
Capitale en travaux permanents où la Plaza Vieja restaurée par l'Unesco côtoie les façades écaillées de Centro Habana, rythmée par la rumba dominicale et le Malecón au crépuscule.
La Havane s'étire sur 730 km² le long du détroit de Floride, à 150 km au sud de Key West. La ville compte 2,1 millions d'habitants répartis en quinze municipios, dont quatre concentrent l'essentiel de ce que vient chercher le voyageur : La Habana Vieja, Centro Habana, Vedado et Miramar. Fondée en 1519 sur la baie naturelle qui en a fait pendant trois siècles le port d'escale de la flotte espagnole entre Veracruz et Séville, la capitale a accumulé un patrimoine architectural que l'Unesco a inscrit en 1982 sur sa liste du patrimoine mondial.
Ce qui frappe en arrivant, c'est la juxtaposition des époques sur quelques pâtés de maisons. La Plaza Vieja, achevée en 1559 et restaurée pierre par pierre depuis les années 1990 par le bureau de l'Historien de la Ville, voisine avec les immeubles Art déco de la rue Neptuno et les villas modernistes du quartier de Miramar construites entre 1925 et 1958. Centro Habana, lui, n'a quasiment pas été restauré : ses façades écaillées, ses balcons étayés et son linge qui sèche aux fenêtres composent un quotidien populaire que les Havanais appellent simplement la calle.
Notre équipe aime y emmener les voyageurs en fin de journée, vers 17h30, quand la lumière tombe sur le Malecón, la digue de 8 km qui borde la mer depuis le Castillo de la Punta jusqu'au Río Almendares. C'est l'heure où les pêcheurs sortent leurs lignes, où les jeunes du Vedado s'installent sur le parapet avec une bouteille de rhum Havana Club, et où les vagues passent par-dessus la rambarde dès que le vent forcit du nord. En décembre et janvier, les frentes fríos venus de Floride peuvent rendre le Malecón impraticable pendant deux ou trois jours.
La musique structure la vie havanaise plus que dans aucune autre ville cubaine. Le dimanche à midi, le Callejón de Hamel, ruelle peinte par l'artiste Salvador González dans le quartier de Cayo Hueso, accueille une rumba de quartier où les tambours batá dialoguent avec les chants en lucumí, héritage des religions yoruba arrivées avec la traite. En soirée, les peñas du Vedado, comme La Zorra y El Cuervo sur la Calle 23 pour le jazz ou la Casa de la Música de Galiano pour la salsa, programment des concerts à partir de 22h. Pour le son traditionnel, le Buena Vista Social Club a son adresse permanente près de la cathédrale.
Côté table, la paladar, restaurant privé installé dans un appartement ou une cour intérieure, est née ici dans les années 1990. On y mange un ropa vieja (effiloché de bœuf à la tomate), du congrí (riz et haricots noirs cuits ensemble), ou du poisson grillé selon l'arrivage. Les meilleures adresses se concentrent à Vedado et dans la vieille ville, autour de la Plaza del Cristo. Côté boisson, le mojito est né au bar La Bodeguita del Medio en 1942, le daiquiri au Floridita un peu plus tôt, deux établissements qui restent debout malgré leur statut désormais touristique.
La Havane n'est pas une ville musée. C'est une capitale en travaux permanents, où chaque visite révèle un édifice en cours de réhabilitation et un autre qui s'effondre. C'est précisément cette tension entre conservation et délabrement, entre 1519 et aujourd'hui, qui fait son intérêt et explique pourquoi la plupart de nos voyageurs y consacrent deux à trois jours pleins en début ou en fin de circuit.
À découvrir
La Habana Vieja à pied. Boucle d'une journée par les quatre places fondatrices : Plaza de la Catedral, Plaza de Armas, Plaza San Francisco et Plaza Vieja, avec pause au marché de livres d'occasion d'Armas et déjeuner dans une paladar de la Calle Mercaderes.
Le Malecón en fin d'après-midi. Marche depuis le Parque Maceo jusqu'à l'Hôtel Nacional, environ une heure, au moment où les pêcheurs s'installent et où les vieilles américaines des années 50 défilent vers le Vedado.
Rumba dominicale au Callejón de Hamel. Tambours batá et chants yoruba chaque dimanche de midi à 15h dans une ruelle de Cayo Hueso peinte par Salvador González, mélange de religion afro-cubaine et de scène musicale populaire.
Fábrica de Arte Cubano. Ancienne usine d'huile à Vedado reconvertie en centre d'art contemporain par le musicien X Alfonso, ouverte du jeudi au dimanche soir, qui combine expositions, concerts et projections sous un même toit.
Excursion à Las Terrazas. Réserve de biosphère à 75 km à l'ouest de la capitale, plantations de café du XIXe siècle en ruine, bains dans le Río San Juan et déjeuner au village construit dans les années 1970.
Quand y aller
La Havane se visite toute l'année, mais la fenêtre la plus confortable va de décembre à avril : températures stables entre 22 et 26°C en journée, faible humidité, ciels dégagés. Attention toutefois aux frentes fríos de janvier et février, vents du nord qui font passer le mercure à 15°C pendant deux ou trois jours et envoient des vagues de 4 mètres par-dessus le Malecón. Mars et avril offrent les meilleures conditions, avec des soirées encore fraîches.
De juin à octobre, la chaleur monte à 30-32°C avec un taux d'humidité de 80%, et les averses tropicales tombent en fin d'après-midi, courtes mais intenses. Septembre et octobre sont les mois statistiquement les plus exposés aux cyclones, qui peuvent fermer l'aéroport José Martí pour 24 à 48 heures. Pour les amateurs de musique, le Festival International de Jazz Plaza se tient mi-janvier, le Festival du Nouveau Cinéma Latino-américain début décembre.
Conseils pratiques
Nous recommandons un minimum de deux jours pleins, idéalement trois : un pour La Habana Vieja à pied, un pour Vedado et Miramar (Necrópolis Colón, Plaza de la Revolución, Fábrica de Arte Cubano), un pour les musées (Beaux-Arts collection cubaine, Musée de la Révolution) ou une excursion d'une journée à Las Terrazas ou aux plages de l'Est. L'aéroport international José Martí se trouve à 18 km au sud du centre, comptez 30 à 45 minutes en taxi selon le trafic.
La capitale s'articule naturellement avec Viñales et l'Ouest (3 heures de route) pour un premier contraste rural, puis avec Trinidad et le Centre via l'autoroute centrale. Les voyageurs qui disposent de deux semaines combinent souvent La Havane, Viñales, Trinidad et les Cayos. Pour ceux qui poussent jusqu'à Santiago et l'Est, le vol intérieur Havane-Santiago (1h30) reste plus efficace que les 870 km de route. La ville convient à tous les profils, avec une mention particulière pour les amateurs d'architecture, de musique live et d'histoire du XXe siècle. Les familles avec jeunes enfants apprécieront le quartier de Miramar, plus calme et résidentiel, comme base.



